Dans ce résumé de l'article du professeur Tobias Brosch, nous parlons de la nécessité d'un changement rapide de comportement en faveur de modes de vie plus durables si nous voulons atténuer le changement climatique. Tobias Brosch décrit les leviers comportementaux clés et fournit des exemples d'applications concrètes pour promouvoir le changement, ainsi qu'une évaluation scientifique de chaque recommandation. Une excellente mise à niveau.
L'ampleur du problème
Jusqu'à présent, les interventions visant à promouvoir les comportements durables ont été principalement basées sur la fourniture d'information (p.ex., des campagnes de communication), les incitations financières (p.ex., les taxes sur le CO2) et les interdictions légales (p.ex., celle sur les ampoules inefficaces). Malheureusement, les mesures juridiques et fiscales peuvent entraîner des réactions et des protestations, et les campagnes de communication se sont souvent révélées inefficaces.
La bonne nouvelle, c’est que les sciences comportementales offrent un regard plus complet sur le jugement humain et les processus de prise de décision, qui peut être utilisé pour améliorer la conception des interventions susmentionnées ou développer des stratégies complémentaires.
Ces outils complémentaires sont nécessaires car les mécanismes humains de traitement de l'information ne sont pas optimisés pour reconnaître les menaces posées par le changement climatique. Au cours des millénaires, l'homo sapiens a surtout dû faire face à des dangers immédiats et concrets que l'on pouvait facilement voir, entendre, toucher ou sentir.
Le changement climatique est très éloigné de notre expérience sensorielle directe. Il s'agit d'un phénomène lent, complexe, abstrait et probabiliste qui ne peut être étudié qu'en termes statistiques, par exemple en suivant l'évolution à long terme des températures.
Les solutions visant à changer les comportements doivent surmonter ces limites de traitement en se concentrant sur les aspects du changement climatique dont on peut faire l'expérience directe et en tirant parti des multiples systèmes de motivation pour accroître la pertinence personnelle de l'action en faveur du changement climatique.
Le changement climatique : un défi pour le cerveau humain
Les jugements et les décisions de l'être humain reposent sur l'interaction de deux modes de traitement : un mode de traitement rapide et intuitif basé sur des associations et des similitudes, fortement lié à l'affect et à l'émotion, et un mode de traitement plus lent, basé sur des règles et nécessitant un effort cognitif.
En général, les deux modes fonctionnent ensemble et intègrent la pensée analytique et les signaux affectifs basés sur l'expérience dans des réactions comportementales adaptatives.
Dans le cas du changement climatique, le traitement analytique peut conclure que les statistiques sur le changement climatique indiquent une menace sérieuse. Toutefois, si le système intuitif, qui nécessite un apport expérientiel, ne parvient pas à envoyer le signal d'alerte émotionnel correspondant, une divergence entre les résultats des deux modes se produit. Ce qui signifie que les gens risquent de ne pas prendre la bonne décision.
Les barrières psychologiques qui peuvent entraver un comportement durable peuvent être organisées en cinq catégories :
Outre l'identification de ces barrières aux comportements durables, la science nous permet d'identifier un certain nombre d'interventions qui peuvent contribuer à accroître la motivation individuelle à agir sur le changement climatique.
Leviers comportementaux et exemples d'applications concrètes
Comment ? En surmontant les limitations de traitement, en exploitant divers systèmes de motivation et en facilitant la prise de décision dans des situations de choix concrètes :
À noter : dans le document original (voir le lien ci-dessous), vous pouvez également trouver des informations sur le niveau de confiance de chaque stratégie, basé sur des preuves expérimentales, ou sur l'application d'interventions à grande échelle dans des contextes spécifiques.
En fonction de votre public cible
Ces stratégies peuvent être adaptées et personnalisées à une série de segments de population qui diffèrent par leurs valeurs préexistantes, leurs attitudes environnementales et leurs motivations :
Les individus ayant de fortes préférences pro-environnementales — ils devraient déjà être sensibles à l'urgence d'agir sur le changement climatique et bénéficieront principalement d'informations sur les actions les plus efficaces qu'ils peuvent entreprendre.
Les individus qui n'ont pas encore de convictions fortes quant à la nécessité d'agir — ils peuvent être mieux ciblés par des communications basées sur des aspects moraux et sociaux ou en modifiant certains aspects de l'architecture des choix.
Les personnes qui refusent de reconnaître la nécessité d'un changement de comportement pro-environnemental — elles pourraient être réceptives à des interventions mettant l'accent sur les avantages secondaires personnels, par exemple l'amélioration du statut social.
Enfin, il est important de garder à l'esprit que le comportement humain est toujours influencé par des facteurs contextuels. Ainsi, ces recommandations ne sont pas des panacées générales qui fonctionneront indépendamment des différences individuelles (par exemple, l'idéologie) ou structurelles (par exemple, le contexte de gouvernance locale).
Références
Brosch, T. (2020) Behavioural Insights for Climate Action. Geneva Science-Policy Interface. Peut être téléchargé ici.