Fred Dorsimont
Fred Dorsimont
September 21, 2021 1 min read

MINI-SÉRIE - Pleine Conscience, Bonheur et Sobriété, par Ramya Rao

Behavioural Sciences Mini-série

Ramya Rao est titulaire d'une maîtrise en neurosciences comportementales et cognitives de l'Université de Groningue, aux Pays-Bas. Elle est actuellement stagiaire en durabilité comportementale chez Behaven. Dans ce premier article d’une série de trois, Ramya explore le lien entre méditation en pleine conscience, bien-être et mode de vie durable. Elle tente de comprendre si mener une vie durable et réduire notre consommation peut également nous aider à être plus heureux. La recherche du bonheur serait-elle l’acte environnemental ultime ?

Acheter ce dont nous avons besoin (et ce dont nous n'avons pas besoin) n'a jamais été aussi facile. Et l'idée générale selon laquelle la consommation est une source de bonheur est constamment renforcée à travers la vente en ligne, le marketing et les annonces personnalisées que nous voyons défiler sur les réseaux sociaux.

Cette idée a malheureusement contribué à l'émergence d'une culture de surconsommation causant des dommages environnementaux coûteux. Nous investissons dans un grand nombre de choses dont nous n'avons pas besoin mais que nous souhaitons néanmoins posséder.

Comment expliquer ce phénomène ? Dr Juliet B. Schor, ancienne professeure d'économie à l'université de Harvard, décrit notre tendance à surconsommer par ce qu'elle appelle le ‘cycle de travail et de dépense’ et la ‘consommation compétitive’.

La consommation est la récompense la plus courante à nos longues heures de travail. Par exemple des vacances luxueuses, des bons d'achat, des soins au spa ou encore des repas au restaurant. Cela ne réduit pas la charge de travail des gens — pour qui il est toujours plus difficile de trouver du temps libre et donc d'améliorer leur bien-être général — mais augmente la consommation.

Dans les années 90, la ‘consommation compétitive’ se limitait essentiellement à la comparaison des possessions matérielles entre une personne et son voisinage. Mais depuis le début du 21e siècle et avec l’évolution de la technologie, nos groupes de référence sont passés de nos voisins aux célébrités et influenceurs du monde entier.

Behaven

La quête du bonheur

En tant que consommateurs, nous impactons l'environnement à travers les émissions de CO2, la pollution et l'épuisement des ressources naturelles associées à la production de ce que nous achetons. Les conséquences de cette consommation insatiable, censée nous rendre heureux, menacent non seulement la santé de la planète, mais aussi notre propre santé mentale

Nombreuses sont les études scientifiques qui défendent l’idée que nos envies matérialistes ont un impact négatif sur notre bien-être. Dès lors, comment dissocier le bonheur de la consommation matérialiste ? Si le changement systémique et la modification de notre modèle capitaliste actuel sont essentiels pour lutter contre la consommation incontrôlée, un changement au niveau individuel est tout aussi important.

Réfléchir à ce qui nous rend vraiment heureux peut nous permettre d’identifier des sources de bonheur en dehors de toute consommation. En réduisant notre consommation et donc notre participation à la dégradation des ressources naturelles, la recherche d’un bonheur véritable pourrait avoir des effets bénéfiques et durables sur l'environnement.

Avoir un revenu élevé semble être une source de bonheur pour beaucoup et serait aussi l’une des causes principales de la surconsommation. D’après certaines études scientifiques, avoir un salaire important reste un objectif pour les jeunes générations qui souhaitent s’offrir de quoi témoigner d'un statut social élevé.

Cependant, la science montre en général que nos revenus ne contribuent à notre bonheur que jusqu'à ce que nos besoins de subsistance soient satisfaits, après quoi plus d'argent ne signifie pas plus de bonheur. Récemment, une étude a pris le contre-pied de ces résultats en suggèrant que plus d'argent (au-dessus de $75.000/an) accroîtrait au contraire notre bonheur. Mais son auteur, Matthew Killingsworth, rappelle que ces résultats sont à prendre avec précaution et qu’il serait bien trop simple de conclure que l’argent fait le bonheur. Il a en effet constaté que "les personnes qui associaient l'argent à la réussite étaient moins heureuses que les autres" et que les personnes possédant des revenus importants étaient en général plus pressées par le temps. Mais alors, où trouver le bonheur ?

Vivre le moment présent 

Imaginez-vous au bord de l'océan, face au coucher du soleil, les pieds dans les vagues. Imaginez la sensation d’une brise fraîche sur votre peau en pleine journée d'été. Ou souvenez-vous d’un moment de rigolade entre copains.

Ces moments de pur bonheur impliquent de vivre pleinement l’instant présent. Et c’est dans cette direction que nous guide la pratique traditionnelle de la méditation de pleine conscience. La pleine conscience, concept enraciné dans les traditions bouddhistes, ne cesse de gagner en importance en occident, en particulier pour son rôle dans l'amélioration de la santé mentale. Dans sa forme la plus simple, il s'agit d’être conscient du moment présent (en étant généralement guidé par la méditation), sans interprétation ni jugement de nos pensées.

La pleine conscience est connue pour nous rendre plus conscients de nous-même mais peut-elle jouer un rôle dans la lutte contre la surconsommation et le matérialisme ?

Nous avons rencontré Dr Ute Thiermann, chercheuse en sciences sociales, spécialisée dans la recherche sur la méditation et les comportements écologiques. Selon elle, la pratique de la pleine conscience a de nombreux avantages qui vont au-delà de notre capacité à nous autoréguler. Il s'agit en fait de favoriser l'empathie, la compassion, la connexion et l'amour : "la pleine conscience n’est pas une pilule miracle qui permet aux gens de changer du jour au lendemain, mais elle peut nous aider à adopter une autre vision du monde, une mentalité différente et à changer nos perspectives." La pleine conscience nous permet notamment de nous épanouir grâce aux expériences plutôt qu’aux biens matériels, et d’être plus attentifs à nos modes de consommation tout en augmentant notre bien-être.

Behaven

Les bienfaits de la méditation de pleine conscience sur notre cerveau

Concrètement, quel est l’impact de la méditation de pleine conscience sur notre cerveau ? Les bienfaits de la méditation en pleine conscience peuvent être observés très clairement à travers l'activité cérébrale des personnes qui s'adonnent à cette pratique. Les recherches en neurosciences montrent que la méditation de pleine conscience nous rend plus attentifs à nos actions, nous aide à réguler nos émotions, et à être plus conscients de nos choix et décisions au quotidien. Ces bienfaits ont été observés à l'aide d'outils de neuro-imagerie comme l'IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle), même chez les débutants.

L'électroencéphalographie (EEG) est un autre moyen de mesurer l'activité cérébrale. L'EEG enregistre l'activité électrique — les ondes cérébrales de différentes fréquences dans le cerveau — grâce à des électrodes placées sur le crâne.

À travers cette technique, il a été démontré que la méditation pouvait donner lieu à une expérience émotionnelle positive, proche de la félicité, associée à une activité accrue des ondes thêta dans le cerveau. Une onde thêta est une activité électrique de basse fréquence (4-7Hz) provenant des régions frontales du cerveau qui se produit habituellement pendant les états méditatifs, somnolents ou hypnotiques, c'est-à-dire liés à l'esprit subconscient. Lors d'une expérience en laboratoire, ces activations accrues d’ondes thêta ont également été observées chez les consommateurs écolos, lors du choix des produits durables.

Si les recherches se poursuivent dans ce domaine, un lien entre méditation de pleine conscience, bonheur et consommation durable pourrait bientôt être formellement établi.

Méditer pour nous-mêmes et pour la planète

Concrètement la médiation de pleine conscience peut nous aider à réduire notre consommation de deux manières différentes :

  • La pleine conscience entraîne une réduction de l'automaticité, c'est-à-dire qu’elle nous rend plus à même de nous défaire de nos habitudes et comportements automatiques quotidiens, et en particulier de nos achat impulsifs.

  • La pleine conscience favorise la compassion et l'empathie, et nous permet de réaliser le lien que nous avons avec tous les acteurs impliqués dans la création de nos produits. Pratiquée sur le long terme, elle pourrait nous permettre d’être plus conscients de tous les efforts nécessaires à la création de nos vêtements par exemple — en considérant les différentes personnes impliquées dans la production de matières prémières, le design et la fabrication. Réaliser que nous sommes tous interdépendants, dans un esprit de compassion, nous inciterait alors à consommer de manière plus réfléchie. 

Le véritable intérêt dans ce lien entre méditation de pleine conscience, bien-être et mode de vie durable, c'est que mener une vie durable pourrait à son tour nous aider à être plus heureux. Une vraie situation gagnante non ? 

La pleine conscience est donc un acte puissant d'amour de soi qui va de pair avec le bien-être de notre planète. Une respiration après l’autre, il semblerait que la recherche du bonheur pourrait donc être un véritable acte environnemental.

Behaven

À suivre : dans le prochain épisode de Good Moves, Ramya explorera notre connexion à la nature et la manière dont cette connexion peut nous permettre de mener une vie plus épanouissante et durable.